L'artiste abstrait corrosif qui oxyde les métaux
Oxidum es, et in oxidum revertis
Jean KITTEL
Gravures abstraites, estampes contemporaines





Qui est l'artiste ?
Chercheur en matériaux et corrosion depuis plus de 25 ans, la vocation artistique de Jean Kittel est née dans les années 2010 mais ne s’est concrétisée qu’au début des années 2020. Cette longue maturation est un marqueur de sa démarche d’artiste : illustrer la notion du temps qui passe, laisser les choses mûrir lentement, accepter de ne pas céder aux désirs immédiats.
L’autre pilier de son travail d’artiste est constitué par une approche scientifique, fruit de sa formation initiale et de son travail de chercheur.
La corrosion des métaux s’impose comme un médium privilégié pour évoquer la fragilité des créations humaines face à l’irréversible, et l’érosion silencieuse du temps : la plaque de métal corrodé, tragique pour l’Ingénieur, devient matière première à sublimer.
Parmi ses sources d’inspiration les plus marquantes figurent Pierre Soulages, Hans Hartung ou Ana-Eva Bergman, qui ont excellé dans l’art de la gravure.
Cette technique est un parfait vecteur pour tirer parti et rendre vie au métal corrodé. La technique d’encrage en taille douce restitue sur le papier la mémoire de la matière disparue, tandis que la taille d’épargne préserve les zones épargnées par le temps.
Les oxydes et carbonates métalliques qui constituent les pigments des encres viennent prolonger ce dialogue entre le métal vieilli et son double imprimé, deux œuvres en écho, indissociables et complémentaires.
Biographie
Né à Strasbourg en 1974 et ayant passé son enfance dans un petit village d’Alsace (Fegersheim), Jean KITTEL a suivi des études d’ingénieur Matériaux à Lyon, puis une thèse sur l’électrochimie et la corrosion à Paris.
Il revient à Lyon où il vit depuis 2005.
C’est là qu’il exerce son activité artistique depuis 2019.
Premier déclic dans cette vocation à l’aube des années 2000 : un travail sur la corrosion des canalisations en fonte, parfois centenaires, pour le transport de l’eau potable. Les faciès de la corrosion externe le fascinent, et il pense déjà à les transcrire sur papier comme un rouleau d’imprimerie, sans réussir à passer à l’acte.
Second déclic, en 2009 : une exposition sur l’œuvre imprimée de Soulages et ses eaux-fortes au Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg. Des plaques en cuivre corrodé sont exposées, c’est de cette manière que Jean KITTEL veut lui aussi développer sa propre démarche.
Une longue phase de maturation s’ensuit, de documentation sur la technique et de recherche du matériel nécessaire, jusqu’à l’achat d’une presse pour enfin pouvoir utiliser la matière corrodée amassée au fil de ses expériences.
Son aventure artistique peut enfin démarrer.
D’abord autodidacte, il participe à plusieurs stages pour perfectionner sa technique et élargir ses horizons, notamment à l’atelier Urdla à Villeurbanne, et aussi auprès de Gladys Bregeon à l’atelier ALMA à Gleizé.
Oxidum es, et in oxidum revertis
Par son travail, Jean KITTEL souhaite donner à voir la beauté qu’on peut trouver dans ce qui peut sembler laid au premier abord, ou bien faire peur.
Il souhaite illustrer les effets du temps qui passe, qui transforme la matière et les hommes. Ce qui est lisse et uniforme dans la jeunesse se creuse, se burine avec le temps, gagnant en profondeur, en texture, en complexité.
Cette démarche vise à créer des liens entre l’art et la science et rappeler que l’homme de science ne doit jamais oublier d’être modeste : ce que le chercheur croit savoir au laboratoire ne se traduit presque jamais comme le voudrait l’artiste.
Jean Kittel utilise une combinaison de techniques :
Il s’agit avant tout d’un travail autour du métal qu’il corrode de différentes manières, par trempage direct, goutte-à-goutte, diverses formes de crevasses, ou encore par polarisation électrochimique.
Ensuite, ces plaques corrodées sont utilisées comme matrices pour l’impression d’estampes.
Et enfin, une fois le travail d’impression achevé, apparaissent les œuvres à part entière issues de ces matrices, parfois maculées de résidus d’encrage.
L’artiste s’autorise quelques fantaisies avec la technique de Chine-collé qui permettent de casser une certaine linéarité.
Il pratique aussi des techniques d’impression directe de métal oxydé sur papier.
Ses principales sources d’inspiration sont Pierre Soulages, Hans Hartung, Ana-Eva Bergman pour leurs œuvres abstraites gravées.
De manière un peu plus lointaine, Andy Warhol, pour ses choix de couleur et son approche consistant à reproduire à l’infini certaines sérigraphies en modulant les coloris, offrant différents points de vue d’une même œuvre.
Le chemin artistique de Jean KITTEL est encore assez court.
Ses premières œuvres, assez simples, cherchaient d’abord à reproduire les encrages en bichromie noir et ocre des eaux-fortes de Pierre Soulages, selon la technique Hayter.
Son nuancier s’est ensuite élargi vers d’autres coloris, en même temps qu’il opérait un retour à plus de simplicité et de pureté qu’offre l’encrage taille-douce monochrome.
Plus récemment, il a expérimenté une autre manière d’utiliser la rouille de l’acier en imaginant puis en mettant en œuvre une impression directe de métal oxydé sur papier.
Cette réflexion et ce travail vous inspirent ?
